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L'ART DU SCENARIO (part one)
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Malcolm n’appréciait pas ce nouveau jeu… il avait tenté de leur apprendre le cricket, mais ces bestioles ne courent pas les rues absentes d’1 village d’igloos… le golf, mais manque de gazon… le catch féminin dans la boue, mais les Inuits sont bien trop pacifiques…
il n’avait hélas pas compris que pour eux ça n’était pas 1 jeu : ils voulaient bouffer & pensaient avoir trouvé le moyen d’économiser
leurs cartouches & de préserver les peaux…
ces putains d’ours ont la tête dure ! Malcolm couvert de bleus commençait à voir rouge !…
mais faut reconnaître qu’à toute chose malheur est bon : il avait fait d’énormes progrès en course à pied…
comme la journée passait, plusieurs femmes se retrouvèrent enceintes des œuvres de Malcolm… il fallait absolument qu’il nourrisse sa nouvelle
famille ! il avait le congélo, fallait voir à le remplir !…
aidé de 2 de ses nouveaux potes, il se fabriqua 1 traîneau solide, pas de compétition, rapide, avec carénage en peau de zob de caribou, mais large
& pratique pour s’y balader avec femmes enceintes couchées dessus…
on lui donna 4 chiens pour tirer ce monstre de bois & de lanières tel qu’on n’en fabriquait plus depuis des lunes & des lunes de mémoire d’Inuit… « Ob So Lète ! », voilà ce que disaient ses compagnons hilares… mais sans traducteur, allez savoir ce que cela voulait dire…
on lui fila aussi 1 fusil, puisque hélas il n’arrivait à rien sans rien… (comme tout le monde)
& voilà Malcolm parti chasser l’ours en se demandant quand arriverait Jean-Loup Etienne en expédition pour le tirer de là… Jean-Loup
Etienne ou 1 autre : le 1er taxi venu ferait l’affaire…
imaginez… Malcolm enfant de la jungle urbaine, fils d’Anita & de Peter, brillant étudiant à Harvard, millionnaire à 25 ans, milliardaire à 30, pour avoir révolutionné le marché le marché des
gels intimes féminins, n’ayant jamais rien tenu de plus dangereux dans les mains que sa queue 1 jour de mycose (mais ça n’était pas de sa faute : pouvait pas savoir que cette fille était,
enfin…. bon, c’est pas le sujet)… imaginez donc notre Malcolm… sur le cercle arctique, allongé derrière 1 monticule de neige fraîche, mettant en joue 1 ours mâle de belle
taille !…
il était parti seul, remonté à bloc par les encouragements gutturaux de ses 5 conquêtes aux belles joues rondes & aux ventres rebondis… nom d’1 phoque ! il allait s’faire 1
ours !
Malcolm avait oublié de se placer contre le vent… & l’ours polaire n’est pas plus con qu’1 autre… quand il sent 1 odeur d’humain, ça veut dire qu’il y a à bouffer !… quand Malcolm vit débouler sur lui cette masse de muscles roulant sous la fourrure jaunâtre il épaula !…
& fit feu !…
& puis rien !
le fusil s’était enrayé ! trop rageur pour avoir peur, Malcolm se dressa en tenant le fusil à 2 mains par le canon… étonné, l’ours s’arrêta à 3 pas, renifla l’air autour de cette étrange créature, & décida que c’était bon à bouffer… il chargea !
Malcolm n’eut le temps de rien faire, il se sentit projeté dans les airs, lui d’un côté, le fusil de merde de l’autre…
il doit y avoir 1 ange gardien pour les incompétents à ce point ! Malcolm retomba si proprement sur l’ours qu’il le tua net…
c’est ainsi que Malcolm ramena triomphalement sur son traîneau tiré par des chiens rassasiés, son ours vidé de ses boyaux… & que s’accrût sa légende…
il boitillait bien 1 peu parce qu’il s’était déchiré le cul sur les dents de l’ours en lui aplatissant le crâne, mais l’ivresse de sa victoire lui tenait lieu de pansement…
la vie de Malcolm s’était organisée… il avait appris à dépecer ours & phoques… à découper la viande… il avait même fini par la manger
avant de mourir de faim…
lorsque la tribu n’était pas en transhumance, d’igloo en kayak & de kayak en traîneau, elle se regroupait dans 1 village de cabanes capables d’accueillir des familles nombreuses comme celle
de Malcolm, & tous les amis qui venaient le soir pour la veillée à la lumière des lampes fonctionnant à l’huile de phoque, écouter les vieux raconter leurs récits de chasse, la lutte des
mauvais esprits & des bons…
on y riait & chantait beaucoup… puis chacun s’en retournait chez soi, pour se caler au chaud sous les peaux…
& Malcolm restait chez lui, entouré de sa marmaille & de ses compagnes toujours souriantes…
il avait toujours la trique pour parler crûment… & son succès ne se démentissait pas…
au milieu des éclats de rire, elles venaient le chevaucher tour à tour sous les lourdes peaux d’ours qu’il avait vaincus…
les enfants riaient de voir les ours grogner & s’agiter comme s’ils vivaient encore… les voisins qui passaient près de la cabane
souriaient & s’échangeaient des clins d’œils : celui-là n’était pas Inuit, mais sa vigueur & ce qui semblait être sa joie de vivre les rassuraient sur son avenir dans le groupe…
d’autant qu’il faisait 1 uvit (« pourvoyeur ») très respectable)…
une nuit qu’il faisait particulièrement doux, la température n’étant pas descendue au-dessous de zéro, la porte était restée ouverte, & la mêlée de bras & de jambes proprement emballée
dans les peaux d’ours roula au-dehors…
autrefois le vieil Attunga avait été 1 redoutable chasseur… lorsqu’il partait seul sur son traîneau, accompagné uniquement de ses chiens &
de son fusil, immanquablement il revenait victorieux d’1 ou 2 ours, & sa compagne était fière d’avoir choisi 1 aussi bon pourvoyeur… mais maintenant que les ans avaient courbé son dos, tordu
ses jambes & abaissé sa vue, il comptait sur ses fils pour le nourrir & sur ses brus pour lui mâcher sa viande… en outre, il perdait parfois un peu son bon sens… il se trimballait
toujours avec son fusil en bandoulière, mais ne tirait plus que sur des corbeaux égarés & c’était bien rare si 1 plume volait lorsqu’il tirait…
cette nuit là, n’arrivant pas à dormir, il errait dans le village, les pieds nus – il ne pensait pas toujours à chausser ses kamiks & ne sentait plus le froid…
lorsqu’il crut voir 1 ours sortir d’1 cabane en roulant & grognant, il sentit 1 vague de chaleur revivifier ses vieux membres, & en murmurant des imprécations à l’ours qui semblait menaçant, il épaula & fit feu… heureusement, on ne lui laissait que des plombs de chasse, & non de véritables cartouches…
c'est vous qui le dites !